Savoir admettre

Pourquoi dans mon travail y a-il toujours fallu qu’il y ait des enquiquineurs? Tout simplement parce que des gens s’ennuyaient, donc ils se refilaient tous la même idée : pourquoi ne pas venir lui mettre les nerfs en pelote à son travail un bon coup pour nous détendre?

Mais oui, quelle bonne idée! Comme exemples en tête j’ai principalement des femmes, mais je ne suis pas sexiste, les chieurs ça existe aussi. Messieurs je ne vous oublie pas.

1. Première situation :

Je me souviens d’une harpie dame fort exigeante, désirant voir des objets (vaisselle principalement) anciens. Oui, ça aurait pu s’en tenir là, mais j’aurais comme critique :

Oui mais… où est le mal, c’est ton travail non?

Certes oui, c’est mon métier, mais celle-ci ne voulait que des objets anciens intacts. Là est toute la difficulté, car selon l’ancienneté, le fait qu’il soit entier est un problème plus ou moins compliqué. Alors, patiemment je lui tends les objets qu’elle désire scruter, tout en sachant ce qu’elle allait dire :

Je n’en veux pas, ils sont recollés !

C’est logique, certaines antiquités sont tellement baladées partout qu’au final elles se cassent (d’ailleurs la cruche qu’elle était me les cassaient aussi pas mal). Et puis un ultime objet attira son attention irritante ! Mais je le savais complètement restauré de partout, et je lui dis que je refuse de lui montrer car elle ne va pas le vouloir. Offusquée que son caprice n’ait pas été passé, elle est allée se plaindre au directeur. Il lui a montré, elle l’a regardé et qu’a-t-elle dit? Ce que j’avais deviné bien avant qu’elle le voit… ce fut un refus catégorique.

2. Seconde histoire :

Autre dame, et heureusement, car si c’était la même qui cumulait tous les handicaps, je l’aurais jeté à la benne. Elle était venue pour regarder les bijoux, et ce n’était pas la première fois qu’elle venait pour cela. Sa manie était de tous les essayer, mais cela provoquait en moi des colères divines (Dies Irae pour les intimes). Pourquoi? Elle tentait d’enfiler les bagues tout en sachant pertinemment qu’elles seraient trop justes. Mais elle le faisait quand même. Pourquoi cet acharnement me dis-je? Je n’ai pas eu de réponse à ma question, et qu’importe.

Comme tout bonne chose a une fin, un jour ma patience s’envola comme une troupe de moineaux d’un fil électrique. Elle était affairée à me demander des bagues pour les essayer, mais celles-ci ne passaient pas le cap de la première phalange, ou difficilement. D’un coup, telle une pulsion sauvage, je n’ai pu m’empêcher de lui dire :

Avec vos doigts vous devriez enfiler des boucles d’oreille.

Allez savoir pourquoi elle n’est plus jamais revenue me parler.

3. Troisième anecdote :

Vente de trains électriques et l’ambiance qui va avec… la population de cette exposition (puis vente ensuite) était estimée à 90% d’hommes, tous revenus à l’état de marmots incontrôlables. J’avais donné une mission pour guetter les vitrines, de ce côté j’étais sauvé, mais c’est vers le début de la vente que ça se gâta.

En effet, un homme, je n’aurais su estimer son âge, en revanche j’avais bien cerné son niveau mental : proche de zéro.

Tout le monde sait que lorsque le début de la vente est prononcée, on s’arrête immédiatement de toucher, de tâter, de tripoter. Oui, on se tait et on écoute. Mais ce preux marginal n’écoutait pas ce que je lui disais… malgré mes alertes pour qu’il cesse son chantier dans cette valise qui contenait d’anciens trains fragiles, encore une fois ma patience s’en alla, brusquement.

La colère monta et instinctivement, comme pour corriger un bambin trop turbulent je lui fis une tape sur la main, asséné d’un :

Bon maintenant ça suffit, je t’ai dis que tu ne devais plus toucher maintenant tu retournes à ta place avant que je m’énerve !

Les deux additionnés en un temps minime lui firent perdre ses moyens, et tout penaud il alla à sa place et resta muet.

4. Ne jamais laisser une femme sans surveillance dans une exposition de vêtements :

Je sais trop ce que cela peut engendrer, surtout pour mes nerfs et ma façon d’ordonner les choses.

Si vous êtes fou, oui, vous pouvez laisser faire, mais vous vous retrouverez avec une paire de chaussures dépareillée, et des habits roulés en boule sur l’étendoir. Normal quoi. C’est un calvaire que je ne souhaite à personne voyez-vous. Surtout quand elles vous prennent à parti pour se crêper le chignon.

5. Finalement les hommes c’est pareil :

Ce fut quelque chose de tout à fait prodigieux, première fois que je vois cela : deux hommes en train de se disputer une paire d’après-ski. Chacun en tenait un dans sa main, et personne ne voulait en démordre. Ah quel acharnement (encore une fois!) si seulement ils pouvaient dépenser leur énergie pour des choses plus conséquentes et utiles, nous aurions moins l’impression de surveiller une cours de récréation…

Bien à vous,

Alain François.

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